À chaque montée des violences liées aux trafics de stupéfiants, le même spectacle recommence. Ministres, éditorialistes et responsables politiques rivalisent de discours martiaux, de promesses sécuritaires et de démonstrations d’autorité. Les mots changent parfois, mais le fond reste le même : toujours plus de répression, toujours plus de contrôles, toujours plus de guerre contre les drogues.
Et pourtant, malgré des décennies de prohibition, la situation empire.
Les règlements de compte se multiplient. Les réseaux criminels prospèrent. Les armes circulent davantage. Des quartiers entiers vivent sous tension permanente. Et surtout, des jeunes meurent.
Certains étaient impliqués dans les trafics. D’autres ne l’étaient pas. Certains étaient simplement au mauvais endroit au mauvais moment. Des victimes collatérales d’une guerre absurde devenue structurelle.
Cette réalité doit être dite clairement : aujourd’hui, la prohibition tue davantage qu’elle ne protège.
Une violence créée par le marché noir
Le cannabis, à lui seul, provoque extrêmement peu de décès directs comparé à de nombreuses substances légales ou illicites. Pourtant, autour de son commerce interdit gravite une économie clandestine gigantesque qui, elle, produit une violence massive.
Ce ne sont pas les propriétés pharmacologiques du cannabis qui provoquent les fusillades, les assassinats ou les règlements de compte.
C’est l’interdiction.
Car lorsqu’un marché très demandé est laissé aux mains d’organisations criminelles, les conflits ne se règlent plus devant des tribunaux ou dans un cadre légal, mais avec des armes.
L’histoire l’a déjà démontré pendant la prohibition de l’alcool aux États-Unis dans les années 1920-1930. Interdire ne fait pas disparaître les usages. Interdire transfère simplement le contrôle économique à des réseaux mafieux.
Aujourd’hui encore, malgré des milliards dépensés dans la répression, le cannabis reste l’une des substances les plus consommées en France. La prohibition n’a donc pas supprimé le marché. Elle l’a simplement rendu clandestin, incontrôlable et violent.
La prohibition : une fabrique à criminalité
Chaque nouveau durcissement répressif est présenté comme une solution miracle. Mais dans les faits, rien ne change, sinon l’intensification des violences.
Plus la pression policière augmente, plus les trafics se structurent, se professionnalisent et se militarisent. Les profits générés par l’illégalité sont immenses. Ils attirent les réseaux les plus violents et alimentent une économie parallèle qui recrute toujours plus jeune.
Pendant ce temps, la société continue de faire semblant de croire qu’il suffirait de “faire la guerre à la drogue” pour résoudre le problème.
Mais cette guerre est perdue depuis longtemps. Et surtout, elle n’a jamais été menée contre les drogues elles-mêmes. Elle s’est transformée en guerre sociale contre certains territoires, certaines populations et certains usagers.
Sortir enfin du dogme prohibitionniste
Partout dans le monde, des pays expérimentent pourtant d’autres approches.
En Canada, en Uruguay, en Suisse, en Portugal ou encore en Allemagne, les politiques fondées sur la régulation, la santé publique et la réduction des risques remplacent progressivement les logiques purement punitives.
Ces expériences montrent qu’une autre voie est possible :
- réduction du poids des réseaux criminels ;
- meilleur contrôle de la qualité des produits ;
- prévention plus efficace ;
- meilleur accès aux soins ;
- diminution de certaines violences liées au marché noir.
La question n’est plus de savoir si la prohibition échoue. Son échec est évident. La vraie question est : combien de morts supplémentaires faudra-t-il avant d’accepter de changer de modèle ?
Les Cannabistrots : une alternative concrète et responsable
Le Collectif d’Information et de Recherche Cannabique défend depuis longtemps une légalisation intelligente du cannabis, basée sur des structures locales, transparentes et responsables.
Parmi les propositions portées par le CIRC figure notamment la création de Cannabistrots : des points de vente légaux, régulés et à taille humaine, permettant de sortir le cannabis des réseaux criminels.
L’objectif n’est pas de banaliser la consommation, mais de :
- contrôler les produits ;
- informer les consommateurs ;
- limiter les risques ;
- empêcher la vente aux mineurs ;
- casser les revenus des trafics ;
- recréer du lien social autour d’usages encadrés plutôt que clandestins.
Contrairement au marché noir, un Cannabistrot n’a aucun intérêt à vendre des produits frelatés, à recruter des mineurs ou à régler ses conflits à coups de kalachnikovs.
À cela s’ajoutent :
- le droit à l’autoproduction ;
- les Cannabis Social Clubs ;
- une production locale encadrée ;
- la séparation des marchés selon les substances ;
- une approche centrée sur la santé publique et non sur la morale.
Réduction des risques plutôt que guerre idéologique
La grande majorité des consommateurs de substances psychoactives ne développent pas d’usages problématiques. Pourtant, le débat public continue d’être dominé par la peur et les caricatures.
Il devient urgent d’adopter une politique réellement pragmatique :
- écouter les usagers ;
- comprendre les pratiques ;
- développer l’éducation populaire ;
- renforcer la prévention ;
- généraliser la réduction des risques ;
- proposer des analyses de produits ;
- accompagner les situations de dépendance sans stigmatisation.
Les sociétés humaines ont toujours utilisé des substances psychoactives. Criminaliser ces usages n’a jamais permis de les faire disparaître.
En revanche, la prohibition a réussi une chose : enrichir les mafias, saturer les prisons, alimenter les violences et multiplier les victimes collatérales.
Remettre enfin la vie humaine au centre
Chaque adolescent tué dans un règlement de compte, chaque passant atteint par une balle perdue, chaque famille détruite par cette économie clandestine devrait nous obliger à regarder la réalité en face.
Combien de morts faudra-t-il encore pour admettre que cette politique produit exactement l’inverse de ce qu’elle prétend combattre ?
Continuer dans cette voie n’a plus rien de rationnel.
Une société responsable ne doit pas choisir entre le chaos du marché noir et l’autoritarisme sécuritaire permanent. Elle peut construire autre chose : une politique fondée sur la santé publique, la réduction des risques, la connaissance, la régulation et les libertés.
Parce qu’aujourd’hui, il faut avoir le courage de le dire clairement :
ce n’est pas le cannabis qui arme les réseaux criminels.
C’est la prohibition.
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