COMMUNIQUÉ DE PRESSE N°1 du 9/12/2013

le 09/12/2013

Attendu au tournant, le rapport Nadal, quand il aborde l'usage des stupéfiants, ne déçoit pas… les partisans de leur prohibition. Évitant soigneusement d'évoquer la conduite sous l'emprise de médicaments psychotropes (largement consommés par nos concitoyen[e]s), il semble cependant reconnaître (p.52) qu' « il est difficile d’établir dans tous les cas (…) l’importance de l’imprégnation par ces produits ainsi que les conséquences, potentiellement graves, qui en résultent sur la capacité à conduire. » Continuons néanmoins à punir, pour la plus grande satisfaction des compagnies d'assurance.


L'incarcération des usagers n'étant pas probante et rarement appliquée comme délit seul, c'est la contraventionnalisation forfaitaire qui est ici préconisée. L'État endossait déjà sans vergogne le rôle  de maquereau avec les prostitué(e)s, il se fera désormais racketteur auprès des usagers des drogues, se basant sur les presque 200 000 personnes mises en cause chaque année. Le rapport oublie de préciser leur âge, origines sociales et ethniques, car il s'agit pour la plupart de jeunes, issues de quartiers populaires ou de l'immigration. Bref de la population la plus visible, la plus exubérante, celle que policiers, gendarmes ou douaniers harcèlent par facilité plutôt que de s'en prendre au réseaux mafieux « au mieux » protégés, au pire très armés, eux. Une population peu représentative donc de l'ensemble des usagers qui s'adonnent à leur passion en toute discrétion sans porter atteinte à l'ordre public.


Prétendre que la contravention – la contrainte donc – va faire renoncer les cannabinophiles notamment, à poursuivre leur pratique, relève soit de l'ignorance, soit de l'hypocrisie. Dans les deux cas c'est une ânerie de plus à ajouter à la panoplie répressive. Un bref calcul permet aussi de constater que son application coutera sans doute plus cher que ce qu'elle rapportera, en terme fiscal comme en terme politique.


Le courage aurait été de proposer une règlementation sur la filière globale du chanvre. Sa production sur notre territoire pourrait être une ressource non négligeable pour nos campagnes qui se meurent. Sa distribution une source d'emploi chez celles et ceux qui en (sur)vivent déjà, et sans doute des milliers d'autres. Enfin une TVA permettrait de recueillir des dizaines de millions d'euros qui pourraient servir à bien d'autres choses qu'à entretenir toute une panoplie d'agents et de juges ayant bien d'autres choses à faire.


Mais pour tout cela, il faut de l'audace, et en matière de drogues, les politiques n'en ont jamais fait preuve. Et ce n'est pas dans le climat politico-social actuel que le présent gouvernement osera s'illustrer en la matière, alors que les pires expressions réactionnaires se font entendre dans des sujets s'apparentant pourtant à une demande d'égalité de Droits.




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