Le CIRC et la politique

Le Cannabis est-il soluble dans la politique ?

 

Le cannabis fait-il bon ménage avec la politique ?

 

En tout cas, il a longtemps été, sécurité oblige, un argument dans les campagnes électorales, tous partis politiques confondus.

 

 

Le CIRC ne date pas d’hier, d’une époque où la MILDT (Mission interministérielle de lutte contre les drogues et la toxicomanie) s’appelait la DGLDT (Délégation générale à la lutte contre la drogue et la toxicomanie), d’une époque où on ne connaissait pas le téléphone portable, encore moins internet.
C’était le Moyen Age. Les journalistes à qui nous avons envoyé le faire-part de naissance du CIRC ont cru à une plaisanterie. Ils étaient certains que nous ne tiendrions que quelques mois, qu’à la première occasion, les autorités nous tomberaient dessus à bras raccourcis.
Dans la France de 1991, on ne rigole pas avec le cannabis pourtant toléré depuis 1978 en Hollande. Dans la France de 1991, le cannabis fait toujours le lit de l’héroïne. La preuve ?  Tous les « toxicomanes » ont commencé par le cannabis, ce à quoi nous leur répondions : « 100 % des gens qui ont gagné au loto ont tenté leur chance ».
Les médias nous répétaient inlassablement et sur tous les tons qu’ils relaieraient les informations du CIRC lorsque se présenterait une opportunité, une opportunité que nous dûmes créer en distribuant lors d’une manifestation contre le racisme en 1992 quelques centaines de pétards, ce qui nous valut une descente de police à l’adresse postale de l’association.

Pour avancer, pour que nos arguments soient pris au sérieux, le CIRC avait besoin de relais politiques. La première personnalité que nous avons contactée et qui nous a reçu dans son bureau à Saint-Germain des Prés, c’est Jean-Luc Bennahmias futur Secrétaire national des Verts.
Nous n’avons pas frappé à sa porte par hasard. Rédacteur du magazine Antirouille, journaliste à la Gueule ouverte en 1978, Jean-Luc était était un des fers de lance des mouvements pour la dépénalisation dont les célèbres CALUMED (Comité d’Action pour la Libéralisation de l’Usage de Marijuana et de ses Dérivés), nés dans la foulée du premier « Appel du 18 joint ». 
C’était le début d’une longue et fructueuse collaboration avec les Verts qui nous ont soutenu  chaque fois que nous avons eu maille à partir avec la justice. Ils ont été de tous les « Appels du 18 joint » car, faut-il le rappeler, les rassemblements ont été interdits de 1995 à 1997.
En 1997, échaudé par les refus des années précédentes, les Verts ont déposé la demande d’autorisation préfectorale à la place du CIRC. Le préfet de police interdit le rassemblement. Un mois auparavant, la gauche avait repris le pouvoir suite à la dissolution de l’assemblée, mais les interventions des responsables Verts auprès de Jean-Pierre Chevènement, alors ministre de l’Intérieur, ont été vaines et nous avons fêté en mode virtuel l’Appel du 18 joint comme l’écrivit Le Monde.

Le cannabis n’est ni de gauche, ni de droite, mais c’est un sujet éminemment politique puisque ce sont les députés qui sont chargés de voter les lois. Législation et politique sont donc inséparables.
Au début de notre collaboration avec les Verts, nous ne demandions que l’abrogation de l’article L. 630 qui punit « la présentation sous un jour favorable », la cause de tous nos démêlés avec la justice. Par la suite, quelques militants proches de CIRC ont créé une commission « Drogues » à l’intérieur du parti. Celle-ci a fédéré de nombreuses associations (Aides, Act Up, Asud…) et quelques mouvements dont la Ligue des Droits de l’homme. Baptisé CAL 70 (Collectif pour l’Abrogation de la Loi de 70), nous avons défilé dans la rue en juin 1998 pour demander l’abrogation de la loi de 1970.
En 1999, poussé par Chiche (le mouvement des Jeunes Verts) qui avait invité le CIRC à son université d’été, j’accepte, en tant qu’acteur de la société civile (je n’ai jamais été encarté chez les Verts) d’être sur la liste pour les élections européennes conduites par Daniel Cohn-Bendit.
Ce fut l’occasion de s’apercevoir que le sujet des drogues était tabou et que la désinformation faisait des ravages même au sein d’un parti qui dans son programme défend la légalisation du cannabis. Nous avons publié une affiche me représentant de profil dans la beuh accompagné de deux slogans : « Et si on sortait de la prohibition » « avec Jean-Pierre Galland, un candidat en herbe ». C’était un vrai plaisir de coller sur les panneaux électoraux des affiches présentant manifestement le cannabis sous un jour favorable. Des affiches qui auraient dû être interdites, mais qui furent remboursés par l’État, les Verts ayant obtenu plus de 5% des suffrages.

Le CIRC a besoin des partis politiques pour porter le sujet du cannabis à l’assemblée, mais nos tentatives auprès des partis politiques se sont souvent soldées par un échec. Ce fut et c’est encore le cas avec le Parti socialiste alors que le MJS nous a toujours soutenu.
Quant au NPA, ses positions sont voisines des nôtres et Olivier Besancenot est venu l’exprimer de nombreuses fois lors de « l’Appel du 18 joint ». À l’opposé, Alternative Libérale qui dans son programme a inscrit la légalisation de toutes les drogues a participé à plusieurs de nos manifestations.

Une partie de notre travail est d’interpeller, lors des élections, les leaders des partis politiques sur leurs positions et de rendre compte des initiatives, comme celle initiée dernièrement par Daniel Vaillant. De même que le CIRC a été auditionné par la commission Henrion  (1994) ou par les sénateurs (2002) qui n’ont pas retenu ses conseils, le CIRC espère cette année être auditionné par la Commission parlementaire réunie autour de l’ancien ministre de l’Intérieur.
On ne sortira pas de la prohibition si nous ne sommes pas soutenus par les politiques, et qu’importe la formation qu’ils représentent. Avant qu’il ne quitte le parti au pouvoir, Jean-Luc Roméro a toujours défendu le CIRC lorsque nous avions des ennuis avec la justice.
La grande difficulté, c’est que si on ne les travaille pas au corps (passez-moi l’expression), les partis politiques ne bougeront pas le petit doigt. C’est à nous (les usagers de drogues sont aussi des experts) de leur montrer tous les avantages que la société tirerait à légaliser le cannabis, et accessoirement, les avantages que tirerait leur formation politique, à soutenir une noble cause.



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