CANNABICULTEURS EN DANGER

le 10/09/2014

Une enquête diligentée en 2008 par l’OFDT estimait à 200 000 le nombre de cannabiculteurs pour une production avoisinant les 32 tonnes. 11,5% de l’herbe fumée serait française et son taux en THC ne dépasserait pas les 8%. Le « Plan gouvernemental 2008/2011 de lutte contre les drogues et les toxicomanies » préparé par la Mildt s’est focalisé sur l’autoproduction à des fins domestiques, « un phénomène favorisé par la libre circulation des graines et du matériel de production, ainsi que par la prolifération de magasins et de sites internet spécialisés dans la cannabiculture ». Et de promettre à la police « des moyens de détection innovants » pour lutter contre ce nouvel ennemi de l’intérieur !


Un effet collatéral de la répression


L’explosion de l’autoproduction au XXIe siècle est liée à la politique de la tolérance zéro pour le cannabis et à la répression qui s’ensuivit. Les amateurs de cannabis ont vite compris que pour échapper à la police et au haschich médiocre à prix prohibitif du marché noir, il leur suffisait de planter quelques pieds de chanvre sur un balcon, dans un placard ou en pleine terre.


Conséquence directe, les cannabinophiles qui fumaient naguère de la résine marocaine ne jurent plus que par la beuh. Une étude instructive publiée en 2010 par l’ONDRP (Observatoire National de la Délinquance et des Réponses Pénales) confirme cette tendance :
« L’herbe représente désormais 40% du marché français. Un usager sur deux (47,7%) estime consommer de l’herbe made in France, soit 12% du marché total du cannabis. » Comme le note l’ONDRP, les trois-quarts des planteurs cultivent uniquement pour leur usage personnel et celui de leurs amis. Et le quart restant ? Au fil des ans, les jardiniers en herbe sont de plus en plus nombreux à maîtriser parfaitement le sujet, à passer du stade de l’autoproduction à la culture artisanale pour le plus grand plaisir de consommateurs certains de trouver une herbe saine à un prix raisonnable.


Une profession en pleine expansion


L’artisan cannabiculteur réside souvent à la campagne, pratique le cannabis depuis des lustres et produit des variétés qui feraient le bonheur des coffee shops. Il est « normal », prudent, a passé l’âge de se faire contrôler à tout bout de champ et tient à conserver un travail valorisant qui lui permet de fumer à l’œil toute l’année et aussi de mettre un peu de beurre dans les épinards.


Combien sont-ils à vivre du commerce de l’herbe qu’ils ont plantée, récoltée, séchée, manucurée et emballée de préférence sous vide ? Des cannabiculteurs qui accepteraient par ailleurs (quitte à perdre une part de leur revenu) de vendre leur production à des coopératives ou à des organismes officiels après analyse des cannabinoïdes et contrôle phytosanitaire.


Le jardinier du dimanche se distingue du cannabiculteur professionnel par la quantité d’herbe qu’il cultive à l’année. En plein champ, un jardinier expérimenté et vigilant produira en moyenne six cents grammes de fleurs sèches par plante. Après avoir déduit les frais qui vont des engrais aux petites mains rémunérées pour manucurer, il lui suffira d’en rétrocéder cinq kilos pour survivre toute l’année. Qui plus est, avec les petites feuilles récupérées, il produira du haschich maison à l’aide du Pollinator et de l’Ice-o-lator. S’il double sa production, augmentant sensiblement les risques, il gagnera bien sa vie et participera activement à la vie économique de sa région.


Pour en avoir croisé partout lors de mes pérégrinations militantes, l’artisan cannabiculteur est généralement un honnête homme, un commerçant arrangeant qui n’exige pas toujours d’être payé de suite. Il s’est construit un réseau de personnes ordinaires avec qui il entretient des relations de confiance, des gens « qui n’ont pas la gueule à ça » trop contents de s’approvisionner directement à la ferme.


Pas de pitié pour les cultivateurs en herbe !


Nous avons rêvé d’un monde où le peuple de l’herbe formerait une tribu solidaire, où les cultivateurs échangeraient leur savoir comme leurs boutures et organiseraient pour de rire des Cannabis Cups, mais ce temps-là est bien fini.


À cause des policiers qui traquent les parcelles en hélicoptère et des gendarmes qui promènent leurs chiens renifleurs dans les rues des villages ? À cause des ados qui profitent de la nuit pour dérober quelques plantes et en cas de problèmes avec la maréchaussée, dénoncer leur légitime propriétaire ?


Non ! À cause des gangs qui s’intéressent désormais de près aux cultivateurs en herbe, une proie facile. Dans le grand Sud où la pègre est bien implantée, les braquages se multiplient, déclenchant un climat de suspicion et un vent de panique chez les cultivateurs de beuh, lesquels ont déjà fort à faire pour dissimuler leurs activités aux voisins curieux et aux policiers sur les dents.


Qui informe les gangs ? Rémunèrent-ils des gamins pour sillonner la campagne à la recherche de plantations ?
On m’a rapporté que si vous êtes dans une région connue pour être un grenier à beuh, que vous avez le look du fumeur et que votre maison est isolée, vous prenez le risque d’être méchamment agressé par des apprentis gangsters persuadés que vous plantez du cannabis.


Mais le pire est à venir et je l’affirme en connaissance de cause. J’ai été, alors que je rendais visite à un jardinier de mes amis, le témoin oculaire d’un braquage dans les règles de l’art. Quand ils ont surgi de la nuit, portant cagoules et gants, brandissant qui un fusil à pompe, qui une arme automatique, nous avons cru que c’était les flics. Lorsqu’ils ont aboyé l’ordre de nous coucher face contre terre et frappé mon ami à coups de pieds et de crosse, nous en avons douté, mais la suspicion demeure. Ils étaient violents sans pour autant perdre leur sang-froid, avares en paroles mais bien renseignés sur la vie privée du principal intéressé. Avant de décamper, ils nous ont lié les mains dans le dos avec de la ficelle et confisqué nos téléphones. Nous les avons retrouvés le lendemain au fond de la poubelle. Ils sont partis avec la voiture du propriétaire débordante d’herbe en nous assurant que nous la retrouverions sur le parking d’un supermarché. Finalement, ils l’ont brûlée.


Ces agressions sont traumatisantes pour des victimes se sentant totalement impuissantes. Le jardinier à qui l’on a posé un flingue sur la tempe ne porte pas plainte au commissariat, il se tait et rumine. Agriculteur compétent et commerçant honnête, il a tout perdu en quelques minutes.
Il fallait s’y attendre, la prohibition est une aubaine pour les gangs, au détail l’herbe se négocie dans la rue entre dix et quinze euros. Il y a un marché à prendre, quitte à partager avec quelques agents de la force publique corrompus comme ce fut le cas aux États-Unis lors de la prohibition de l’alcool, comme c’est le cas de façon criante au Mexique et comme ce sera bientôt le cas chez nous, la preuve avec les agissements douteux de la BAC-Nord de Marseille.


Les mafias à la manœuvre !


La culture du cannabis à des fins lucratives est désormais une réalité et les gangs sont devenus les alliés involontaires des policiers dans leur traque aux cultivateurs, sauf que les voleurs ne détruisent pas la beuh mais la recyclent.


Si les autorités en charge de la sécurité s’en lavent les mains du style « C’est bien fait pour eux, on ne va pas les plaindre », à la guerre pour le contrôle des quartiers dans les banlieues s’ajoutera la guerre pour contrôler la production locale d’herbe, un marché très juteux. Suite à une agression, les victimes des gangs réduisent considérablement, voire abandonnent, leur activité, un manque à gagner pour les mafias qui pourraient alors les contraindre à cultiver contre un pourcentage et une protection, ce qui nécessiterait en passant de corrompre des responsables de la répression. Mais la mafia sait se montrer généreuse et persuasive. Science-fiction ? Pas si sûr ! Au Canada, par exemple, ce sont les Hell’s Angels qui assurent, de la production à sa distribution, le commerce du cannabis. Et gare à ceux qui ne se plient pas à leur diktat !


Tout comme Stéphane Gatignon dénonce, dans son livre Pour en finir avec les dealers, la politique française en matière de drogues et met en garde contre les mafias prenant le pouvoir en banlieue, à mon tour d’attirer l’attention des autorités sur le statut du cannabiculteur, un acteur économique certes hors-la-loi, mais bien réel et fort utile pour les fumeurs qui refusent de cautionner le marché noir.


Et lorsque les mafias hexagonales auront conquis par la force une part du gâteau, elles se feront la guerre pour le contrôle, à moins qu’elles préfèrent s’associer à la mafia vietnamienne récemment impliquée dans deux affaires : 750 plants saisis à La Courneuve et 3 000 dans une boulangerie abandonnée de l’Aube.


Pour échapper à ce scénario du pire où nous compterons bientôt les morts, qu’on le veuille ou non, le gouvernement n’a pas d’autre solution qu’encadrer la production et la distribution du cannabis.

 

Jean-Pierre Galland




1970-2010 40 ans de prohibition
legislation et politique
cannabis therapeutique
societe et actu cannabis
repression et prohibition du cannabis
image

USA : LA LÉGALISATION DU CANNABIS POURRAIT PROGRESSER DANS LES ÉLECTIONS DE MI-MANDAT

Les initiatives électorales qui ont lieu à travers les États-Unis lors des élections du 4 Novembre devraient montrer si l'assouplissement des lois sur la marijuana qui a commencé dans le Colorado et Washington est vraiment une tendance.

image

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

5èmes rencontres nationales de la réduction des risques : « Drogues : la sale guerre »

image

CANNABICULTEURS EN DANGER

Un texte de Jean-Pierre Galland datant de 2013 mais toujours d'actualité en cette période de récoltes…

image

RÉFORME DU CODE PÉNAL : L’ARTICLE 35 VU PAR LE SYNDICAT DE LA MAGISTRATURE

À la demande générale d'un fidèle internaute, quelques explications sur la réforme du Code Pénal à venir…

image

La consommation de cannabis au Colorado (France Info)

La consommation de cannabis est légale dans l'État du Colorado aux États-Unis. Huit mois après, on voit apparaître un véritable business lié à cette drogue et la criminalité est en baisse.

image

CANNABIS : PRÉVENIR, INFORMER, RÉGLEMENTER, C'EST LE CIRC

En téléchargement, le nouveau dépliant du CIRC sur l'association elle-même

image

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

INFOS PARTOUT, MILDECA NULLE PART !

 

Alors qu'une délégation uruguayenne donne une conférence sur la légalisation du cannabis dans son pays, on note la remarquable absence de la MILDECA…

image

MÉDIAPART - Légaliser le cannabis (7/7). Les fumeurs français se font jardiniers

En Europe, le cannabis est de plus en plus produit dans le pays où il est consommé. Moins que la crainte de l’interpellation, c’est la question du budget, le souci de la qualité du cannabis et le refus de nourrir le trafic qui semblent motiver les cannabiculteurs marseillais rencontrés. Dernier volet de notre enquête.

image

Nouveaux tshirts du CIRC

Campagne « Pas de victime, pas de crime ! »

image

MÉDIAPART – Légaliser le cannabis (6/7). La France s'accroche au tout-répressif

Alors que l’Uruguay, le Colorado et Washington aux États-Unis ont légalisé la production de cannabis, que ses voisins européens en dépénalisent l’usage, la France reste arc-boutée sur sa loi du 31 décembre 1970, l’une des plus répressives en Europe. Avec des effets inefficaces puisque la consommation reste l'une des plus élevées du continent.

image

MÉDIAPART – Légaliser le cannabis (5/6). L'exemple de l'Uruguay inspire l'Amérique latine

La loi prévoyant le contrôle par l’État de la production et de la vente de cannabis entre en application. L’exemple uruguayen provoque un mouvement en faveur de la légalisation au Mexique, au Brésil, au Chili, en Colombie et en Argentine.

image

MÉDIAPART – Légalisation du cannabis (4/6). Les impasses de la « guerre contre la drogue »

Le mouvement de réforme des politiques en matière de cannabis signifie-t-il que la « guerre contre la drogue » américaine arrive à son terme ? Non, mais il indique bien une évolution voire un changement de paradigme, lent et encore brouillon, tant aux États-Unis qu’en Amérique latine. « Est-ce que les États-Unis mènent toujours la guerre contre la drogue ou est-on passé à autre chose ? Nous n’en savons rien », déplorait récemment l'ancien président colombien César Gaviria.

image

MÉDIAPART – Légalisation du cannabis (3/6). Mamie devrait-elle fumer des joints ?

Aux États-Unis, le cannabis est au cœur d’une industrie en plein boom, tant à des fins récréatives que médicales. Mais que sait-on de cette substance ? Alors que des vétérans l'utilisent contre le stress post-traumatique ou que des parents y recourent pour soigner leur enfant épileptique, le point sur les découvertes et les zones d’ombre laissées par la recherche scientifique.

image

médiapart – Légalisation du cannabis (2/6). Comment aimer le joint est devenu politiquement correct

Ils sont désormais une majorité d’Américains à soutenir la légalisation de la marijuana. Ils se laissent convaincre par des arguments divers, des bienfaits médicaux du produit jusqu’à la manne financière que représente un cannabis régulé et taxé. Des messages portés par des « faiseurs d’opinion » influents : des associations et lobbies très bien dotés, s’activant sur le terrain pour faire bouger les lignes. Deuxième volet de notre série.

image

MÉDIAPART – Légalisation du cannabis (1/6). Le Colorado, fier d'être un laboratoire

Sept mois après l’entrée en vigueur des lois autorisant la culture, la vente et la consommation de cannabis à usage récréatif dans le Colorado, les touristes affluent, le business de la marijuana et les taxes qu'il rapporte explosent, le cadre réglementaire évolue quasi quotidiennement… Reportage dans un État laboratoire, regardé de près par Washington.
image

SÉCURITÉ ROUTIÈRE : BOIRE OU FUMER, MIEUX VAUT CACHETONNER !

Difficile de se faire une idée réelle des répercussions de l’usage de stupéfiants sur la conduite. Et la nouvelle enquête de l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONIRS) ne nous éclaire guère à ce sujet.

image

OBSCURANTISME FORT ET VERT

Jamais à une approximation scientifique ou une contre-vérité prêt, M. Serge Lebigot se répand à nouveau dans les médias…

image

Cultiver du cannabis, un business en vogue en Europe

En Europe, le cannabis est de plus en plus cultivé localement, par des particuliers mais aussi des groupes criminels attirés par ce marché lucratif. C'est aux Pays-Bas et au royaume-Uni que le plus grand nombre de sites de production a été détecté, devant la Belgique et la Pologne.

image

Une longue histoire en médecine

Un assouplissement de la législation devrait accélérer les recherches sur l'utilisation du cannabis. | AFP/PABLO PORCIUNCULA

image

« Un marché de 10 milliards de dollars d'ici à cinq ans »

Steve DeAngelo est le président d'ArcView Group, le premier réseau d'investisseurs consacré au cannabis.

CIRC Paris 2013 - le CIRC ne fait pas de prosélytisme. admin